La redoute Marie Thérèse:

(Une redoute est un fort ou un système de fortification consistant généralement en un emplacement fortifié défensif à l’extérieur d’un fort plus grand. Elle sert à protéger les soldats hors de la ligne de défense principal)

Maria_Theresa_of_Austria-EsteFille de l'Archiduc Ferdinand et de la Princesse d'Este-Modène, elle était la petite-fille de l'Impératrice Marie-Thérèse et la cousine de l'Empereur d'Autriche François 1er. Cette belle femme orgueilleuse, très fine, avait épousé Victor-Emmanuel en 1789. Elle profita de son influence sur son mari pour lui imposer une politique franchement orientée vers l'Autriche, ce qui ne se fit pas sans heurts.

 

 

 

 DSC07571La redoute vue depuis une bouche à canon du fort Victor Emmanuel.

La redoute Marie-Thérèse est située sur la rive gauche de l'Arc, sur une plate-forme, à l'altitude de 1250 mètres. Elle est bordée à l'ouest par le ravin du Nant Saint-Anne et au nord par le ravin de l'Arc. Sa mission essentielle était d'interdire le passage sur la route royale (puis impériale, puis nationale) du Mont-Cenis. Ce fort a la forme d'un fer à cheval irrégulier. En effet, on a allongé la branche ouest, afin de défendre l'entrée.

DSC07764La redoute vue depuis la route.

Ce fort est complètement isolé de l'ensemble de l'Esseillon dont il est séparé par le ravin de l'Arc. La liaison avec le fort Victor-Emmanuel a toujours posé problème. Au début, on lança un câble au-dessus du ravin. Les marchandises descendaient de Victor-Emmanuel à Marie-Thérèse par gravité et étaient remontées dans l'autre sens à l'aide d'un treuil à engrenage. Ce dernier fut remplacé en 1858 par une véritable liaison, surtout pour le personnel, avec la construction de la passerelle du Pont du Diable.

DSC07767Corps de garde du pont du Nant

le corps de garde abritait le mécanisme du pont tournant, aujourd’hui disparu, dont le tablier mobile monté sur pivot permettait de couper la grande route du Mont-Cenis en cas d’attaque Française. Construit initialement en bois blindé ce fortin fut ensuite reconstruit en pierre. Un souterrain de 80 mètres le relie à la redoute Marie-Thérèse depuis 1827.

le Fort Marie Christine

Portrait_of_Maria_Cristina_of_Naples,_queen_of_Sardinia_(1779-1849)_circa_1828-1831

 

Fille du roi de Naples Ferdinand IV et de Marie-Caroline, petite fille de l'impératrice Marie-Thérèse. Elle était la belle-sœur de Louis-Philippe par sa sœur Marie-Amélie, Reine de France, et la tante de la Duchesse de Berry. Elle avait épousé Charles-Félix en 1807. Comme lui, plus que lui, même, elle était très pieuse, voire bigote, et l'incita encore davantage à délaisser les problèmes de gouvernement et à se réfugier dans la religion.

 C'est le fort le plus élevé du dispositif, situé à 1500 mètres d'altitude, au sommet d'une falaise de plus de 100 mètres à l'ouest.DSC07776Comme tous les forts de l'Esseillon, il comporte trois étages de feux un rez-de-chaussée voûté, un étage voûté et une terrasse crénelée recouverte d'une toiture en lauzes que l'on pouvait enlever. C'est une fortification typique des idées de Montalembert son plan en hexagone régulier lui permettait d'être toujours perpendiculaire à une attaque, de quelque côté qu'elle vienne.

DSC02261Sa mission était de battre par ses feux dominants les terrains au sud en protégeant Charles-Félix et Victor-Emmanuel et au nord, le plateau d'Aussois. Le fort proprement dit était entouré d'un mur d'enveloppe crénelé percé d'embrasures, et, au nord et à l'est, par deux blockhaus en maçonnerie également percés d'embrasures.Le fort avait une garnison de 150 hommes servant 20 bouches à feux dont 13 casematées.

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Au petit col situé entre Charles-Félix et Marie-Christine, là où passait le sentier muletier d'Aussois, les Sardes avaient construit un fortin "la Porte de l'Esseillon", seul passage obligé dans la falaise Ce fortin devait être relié aux deux forts par une galerie crénelée et couverte. Cette galerie ne fut jamais réalisée et "La porte de l'Esseillon" a été rasée en 1860.

Le fort Charles Félix

Ritratto_di_Carlo_Felice_di_SavoiaIl succède à son frère en 1821 suite à l’abdication de celui-ci. Comme lui, il avait vécu en exil en Sardaigne. On se plaignait de l'autoritarisme de Victor- Emmanuel, ce fut encore pire. De plus il était mal préparé à ses fonctions et aurait mieux fait un moine qu'un roi (il avait songé un moment à se retirer dans un couvent). En politique extérieure, il fut,plus que son frère, docile aux désirs de l'Autriche. Mais par goût, il s'occupa davantage de la reconstruction de Hautecombe (où il fut enterré) que de la construction de l'Esseillon qui continuera néanmoins. Charles-Félix était imbu d'une sorte de superstition religieuse il était persuadé que le ciel ne l'avait placé sur le trône que pour s'opposer à la marche violente du «nouvellisme». Il mourut en 1831, et comme il n'avait pas d'enfants le trône revint à la branche des Carignan, descendants de Charles-Emmanuel 1er, en la personne de Charles-Albert.

 

DSC07775Les ruines du fort Charles Félix entre le fort Victor Emmanuel (au premier plan) et le Fort Marie Christine (perché sur la falaise au fond).

Le fort Charles-Félix est implanté sur un mamelon étroit au nord de Victor-Emmanuel, à peu près à la même altitude que le sommet du fort principal. Il domine une falaise pratiquement inaccessible vers l'ouest, par contre l'accès à l'est se fait sans difficulté. Son but est de battre, avec ses dix batteries, dont 4 sont casematées, le pied de lafalaise sous Marie-Christine et sous Victor-Emmanuel

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Ces ruines ne doivent rien à la guerre c'est une démolition volontaire réalisée par le génie français en septembre 1860. Un journal de Turin, "L'Opinione Nazionale»,organe officieux du Gouvernement, réclame le fort de l'Esseillon et la Haute Maurienne. Du côté français, la presse ne dit rien. Il est vrai que lorsque l'on vous fait un cadeau, il est malvenu de se montrer exigeant. On semble s'accommoder des propositions de Cavour. Ainsi le Monde Illustré du 24 mars 1860, écrit avec résignation «C'est au fort de l'Esseillon, dit-on, que doivent être fixées les limites de la frontière piémontaise, après cession de la Savoie à la France. D'ailleurs, qui sait, à Paris, où se trouve le fort de l'Esseillon ? C'est à peine si l'on sait où est la Savoie...

Au départ, il y a l'excessive précipitation de Napoléon III, pressé de récupérer la Savoie et Nice, sans se préoccuper des questions subalternes... Les Piémontais tenaient absolument à conserver ces forts, qui à l'époque avaient encore leur pleine efficacité militaire. Ce n'est pas la Haute Maurienne qui les intéresse (ils n'en parlent jamais) mais avant tout, pour des raisons stratégiques, l'Esseillon. Ce sont des discussions de marchands de tapis. Finalement on coupe la poire en deux l'Empereur abandonne le Mont-Cenis et les Piémontais renoncent à l'Esseillon.

Mais il restait une formalité à accomplir. Napoléon l'avait promis les forts de l'Esseillon devaient être rasés. L'ordre fut donné de démolir immédiatement le Fort Charles-Félix. Le fort est détruit après trois jours de tirs. Ce qu'il y a de plus intéressant dans le récit du chef du Génie de 1860, c'est l'impression très vive qui lui est restée qu'il ne s'agissait, dans l'esprit du Général Frossard (suivant les instructions directes de l'Empereur), que d'un semblant de démolition, destiné à produire un effet immédiat sur l'opinion et sans conséquence pour l'avenir. Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'est que l'on arrêta là les destructions.

 

Le fort Charles Albert :

Carlo_Alberto_Museo_Risorgimento_Roma Charles-Albert, Prince de Carignan, perdit son père à l'âge de deux ans. Sa mère, Marie-Christine de Saxe-Courlande se remaria dix ans plus tard avec le comte Thibaut de Montléard, situation familiale qu'il supporta très mal. A la chute de Napoléon Victor-Emmanuel le fit rentrer à Turin pour lui faire donner une éducation piémontaise plus conforme à son titre de Prince héritier. En 1821, il fut mêlé à la conspiration des carbonari, mais rapidement il s'aperçut qu'il avait été berné sur les buts réels du mouvement. Victor- Emmanuel ne lui pardonna pas ce qu'il considérait comme une trahison et envisagea même de le déchoir de ses droits. Il fut chassé de Turin et trouva asile chez son beau-père le Grand Duc de Toscane. Pour se racheter, il ira en Espagne combattre sous les ordres du Duc d'Angoulème et son action héroïque à la prise du fort de Trocadéro lui valut d'être proclamé "grenadier français». Rentré en grâce il fut nommé chef des Armées. Monté sur le trône au décès de Charles-Félix, et se rappelant son expérience de 1821, il se montra extrêmement sévère avec les conspirateurs de la Jeune Italie. Il aimait les Français, mais haïssait le Roi Louis-Philippe, cet usurpateur «sorti de la fange». Par la suite sa politique extérieure bascula, et ses ambitions pour réaliser l'unité italienne l'amenènent à affronter l'Autriche militairement. Après les défaites de Custozza et Novare, il abdiqua au profit de son fils Victor-Emmanuel II futur roi d’Italie.

 

Le fort Charles-Albert a été édifié tardivement, en 1832 à la même altitude que Marie-Christine. Les travaux de construction ne durèrent qu'une année et ne furent jamais repris.

En 1833 fut construit pénitencier de l'Esseillon pour répondre, si l'on peut dire, à une demande sans cesse croissante. Les travaux commencèrent alors que s'arrêtaient ceux du fort Charles-Albert, les ouvriers passant d'un chantier à l'autre. Curieuse coïncidence, comme si, pour le Roi, les dangers de l'intérieur étaient plus importants que ceux de l'extérieur.

DSC07639Il ne reste pratiquement plus que deux petits bâtiments en maçonnerie qui servaient de cantonnements, et une tour démantelée.

DSC07640Ce fort avait été construit pour protéger Marie-Christine et pour fermer le camp retranché du côté du Nord, point faible du dispositif. Contrairement aux autres forts, Charles-Albert n'a pas été édifié sur les principes de Montalembert mais sur celui des forteresses rasantes de Vauban. La raison en est que le sol ici n'est plus du rocher mais de la terre, ce qui permettait d'aménager à moindre frais un front bastionné à deux saillants protégé par un glacis en terre.

 

Ainsi s'achève cette brève histoire des forts qui jamais ne tirèrent un coup de canon...